Plan France Relance : la ministre Emmanuelle Wargon décrypte le volet logement

Emmanuelle Wargon, ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement a accordé un entretien à l’équipe de Tous Politiques pour présenter le volet logement du plan de relance et déterminer les leviers et modalités de concrétisation pour les collectivités !

Tous Politiques ! : le volet logement du plan de relance prévoit trois axes d’intervention : la performance énergétique des bâtiments, le soutien à la construction durable et l’aide aux personnes précaires. Quels sont les montants mobilisés et les objectifs auxquels ce volet souhaite répondre ?

Le premier enjeu, c’est celui de la rénovation énergétique. Il y a 4,8 millions de passoires thermiques en France, ce qui représente un logement sur six. C’est une situation difficile pour bon nombre de nos compatriotes. Face à ce défi, le Gouvernement est pleinement mobilisé et agit au quotidien. Dans le plan France Relance, une enveloppe de 6,7 milliards d’euros est consacrée à cette question. Nous mettons donc 2 milliards d’euros supplémentaires sur la table par rapport à ce qui était prévu pour permettre aux Français d’entamer rapidement des travaux de rénovation thermique dans leur logement, grâce notamment à l’aide MaPrimeRenov’.
4 milliards d’euros sont également destinés à la rénovation des bâtiments publics de l’Etat comme des collectivités locales. 500 millions d’euros iront par ailleurs à la rénovation des logements sociaux.

Le deuxième enjeu, c’est de trouver un équilibre entre construction nécessaire de logements et préservation de l’environnement. L’objectif est, là aussi, très clair : il faut que la construction se fasse là où on en a besoin, là où les terrains sont déjà artificialisés et peuvent être recyclés, enfin en évitant l’étalement urbain. La règle est simple et nous mobilisons donc 350 millions d’euros pour encourager les maires à autoriser les projets qui optimisent le foncier disponible en y créant davantage de logements, ainsi que 300 millions d’euros pour réhabiliter des friches abandonnées sur lesquelles nous pourrons construire.

Le troisième enjeu de cette relance, c’est l’accompagnement des plus fragiles. Le confinement a en effet mis en exergue la souffrance de beaucoup de Français. J’ai annoncé un renfort financier et humain exceptionnel pour le Plan Logement d’abord, destiné aux sans-abris. C’est un programme d’action très important, initié par le Président de la République et qui vient de fêter son troisième anniversaire. Grâce au Plan France Relance, 100 millions d’euros vont être consacrés au développement d’une offre adaptée aux besoins des personnes sans domicile et rénover les structures collectives existantes.

Tous Politiques ! : l’un des sujets les plus attendus par les élus est celui de la rénovation thermique des bâtiments (bâtiments publics, parc de logement social, etc). Vous l’avez dit, ce chantier figure en première place dans le volet logement du plan avec l’objectif d’en finir avec les « passoires thermiques » d’ici 2030. Pour commencer, qu’est-ce qu’une passoire thermique ? Quels sont les dispositifs prévus par le plan à destination des collectivités pour répondre à ces enjeux ?

Une passoire énergétique désigne un logement extrêmement énergivore. Chaque logement ou bâtiment dispose ainsi d’un score de performance énergétique, classé de A à G. Les passoires énergétiques recouvrent les biens situés dans les catégories F et G. Selon une récente enquête, la France compte 4,8 millions de passoires thermiques, qui sont un véritable fléau pour de nombreuses familles et pour l’environnement.

Le plan France Relance soutient de matière très volontariste la rénovation thermique des bâtiments publics et des logements du parc privé. Les collectivités territoriales bénéficieront de cet investissement massif. Il s’agit notamment d’aider via la DSIL, la dotation de soutien à l’investissement local, distribuée par les Préfets, les petites et moyennes communes à investir pour rénover leurs bâtiments, en priorité les écoles.

Les collectivités peuvent par ailleurs consulter un document élaboré par le Gouvernement « Rénovation énergétique des bâtiments des collectivités locales » pour comprendre comment s’y prendre. 

Tous Politiques ! : appauvrissement de la biodiversité, renforcement des îlots de chaleur, accroissement du risque d’inondations… l’artificialisation des sols est devenue un vrai enjeu au regard des conséquences environnementales qu’elle entraîne ! Afin d’aider les collectivités à faire émerger des projets de construction vertueux, le plan prévoit le lancement d’un fonds « friches » ainsi que la mise en place d’un dispositif d’aide aux communes pour les mètres carrés « densifiés ». Pouvez-vous revenir sur les modalités de ces deux dispositifs ? Comment les collectivités pourront-elles s’en saisir ?

L’aménagement durable et raisonné du pays est une nécessité. Le temps de l’artificialisation à outrance est révolu et nous devons aller vers des modes de construction plus durables, plus économes en foncier, plus réfléchis en matière de ressources, etc. Pour cela, le Plan France Relance met en place deux mesures : une aide aux maires engagés dans cette dynamique et une aide aux opérateurs pour recycler des friches.

Une première enveloppe de 350 millions d’euros est ainsi prévu pour les maires qui utilisent au maximum les capacités de leurs plans locaux d’urbanisme, tout en veillant au respect de l’environnement. Les paramètres de cette aide sont en cours de finalisation en lien avec les associations de collectivités territoriales, mais le système sera simple, sans formalité pour les maires, pour tous les projets qui respecteront les critères.

Une deuxième enveloppe de 300 millions d’euros est prévue pour la réhabilitation des friches.  Les projets visés pourront concerner aussi bien d’anciens sites industriels très pollués (avec l’accompagnement de l’Ademe dans ce cas), que des friches en centre-ville. Là encore, nous voulons accompagner les bonnes pratiques en aidant au bouclage financier d’opérations  qui « recyclent » du foncier, plutôt que d’artificialiser des espaces agricoles ou naturels et ne pourraient pas aboutir sans aide publique.

Share This