Former à l’égalité

Dire que l’on œuvre en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes c’est avant tout combattre l’idée selon laquelle chacune ou chacun se voit assigner un rôle, un devoir, un destin.

C’est combattre l’idée qu’un homme aurait une mission à remplir parce qu’il est homme – l’ordonnancement de la vie publique et politique par exemple – et inversement, qu’une femme aurait une mission à remplir parce qu’elle est femme – l’ordonnancement de la famille et du foyer, notamment.

Derrière l’égalité de droits se joue donc aussi une égalité de destins possibles, une égalité de rêves :  la possibilité pour une femme de s’engager, de porter une vision et des convictions pour l’intérêt commun et de devenir une femme politique au même titre qu’un homme.

Depuis la loi constitutionnelle de 1999, la place des femmes en politique s’est progressivement renforcée dans notre pays, au gré des évolutions législatives en sa faveur. Cette montée en puissance, particulièrement remarquable dans les scrutins de liste où la parité est obligatoire, a atteint un record symbolique en 2017 avec l’arrivée de 224 femmes à l’Assemblée nationale. A l’issue des dernières élections municipales enfin, les femmes représentaient au total 42,4% des élus.

Le combat est cependant loin d’être terminé. Dans les communes de moins de 1000 habitants – qui représentent 71% des communes françaises – seuls 37,6% des élus sont des femmes. Par ailleurs, les femmes sont encore largement sous-représentées dans les plus hautes fonctions exécutives : seules quatre femmes président une région, on compte seulement 35,8 % de femmes dans les EPCI et 18,8 % parmi les maires. Enfin les femmes participant d’un exécutif local se voient souvent attribuer des délégations qui leur sont « réservées », petite enfance, social, droits des femmes et de la famille, santé, etc.

Si la loi a permis de fixer un cadre et des normes en faveur de la parité, nous sommes convaincus qu’il est nécessaire d’aller plus loin et de créer les conditions matérielles pour permettre aux femmes de s’engager et de participer pleinement à la vie publique, notamment dans les ruralités. Pour passer d’une égalité formelle à une égalité réelle il faut s’engager, construire des politiques publiques et des collectifs qui l’incarnent mais aussi rendre possibles des trajectoires et des modèles.

Défendre l’égalité entre les femmes et les hommes et favoriser l’engagement des femmes en politique, c’est donc d’abord donner des outils d’analyse et d’action, tisser des liens et des réseaux, bâtir la confiance qui permettra aux femmes qui le désirent de se réaliser en tant que femmes politiques et de participer à la vie publique. C’est aussi et surtout construire une culture collective de l’égalité qui nous concerne toutes et tous.

En accompagnant les élues locales et les élus locaux, nous voulons contribuer à la diffusion de cette culture de l’égalité et à la valorisation de projets forts, vecteurs de transformation : mise en place d’un diagnostic des politiques publiques et d’un budget sensibles au genre, création d’une maison dédiée à l’accueil des mères célibataires en difficulté et de leurs enfants, lutte contre les discriminations dans l’espace public, sensibilisation des plus jeunes aux enjeux d’égalité, etc.

« Former à l’égalité », ce n’est donc pas seulement organiser un temps ponctuel pour parler de l’égalité – même si bien sûr il faut le faire – c’est aussi construire une approche « intégrée ». C’est se demander : lorsque j’agis, lorsque j’élabore une politique publique, un projet « qu’est-ce que j’encourage, qu’est-ce que je rends possible ? » Dans chaque journée, dans chaque outil – c’est ce que nous croyons – se niche la question de l’égalité entre les femmes et les hommes et donc aussi l’opportunité pour chacune et chacun de la porter et de la défendre.

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